Un coup de clé, le rugissement d’un V8, une moustache iconique. Certains visages et certaines carrosseries s’incrustent dans la mémoire collective bien plus sûrement qu’un générique de fin. Burt Reynolds, récemment disparu, laisse derrière lui une galerie de personnages marquants. Mais aucun n’a traversé les époques comme Bandit, et sa partenaire d’asphalte, la Pontiac Firebird Trans Am de 1977.
Difficile d’évoquer le parcours de Burt Reynolds sans faire une halte sur ce rôle qui l’a installé au panthéon du cinéma populaire. Ce succès mythique, il ne l’a pas partagé qu’avec des collègues de plateau : sa Trans Am noire et or, rebelle jusqu’au bout des chromes, a imposé sa silhouette bien au-delà du grand écran.
L’étincelle Needham
Hal Needham, réalisateur venu de la cascade, voulait un bolide qui marque les esprits. Plusieurs choix ont été envisagés, mais tout s’est joué le jour où il a découvert la Firebird Trans Am 1977 sur une affiche publicitaire. Impossible de passer à côté. Pour Needham, cette voiture n’allait pas seulement rouler : elle allait se tailler une place parmi les protagonistes de l’histoire.
Derrière le badge : la supercherie du millésime
On associe instinctivement Smokey and the Bandit au modèle 1977, mais la réalité diffère. Aucun exemplaire du tournage n’était réellement de ce millésime : Pontiac n’avait même pas encore lancé la production. Les équipes se sont débrouillées avec des Firebird 1976, maquillées d’un avant et d’éléments de carrosserie spécifiques à la version 1977. Même la voiture qui a attiré l’œil de Needham pour la publicité était en fait une 76 au look soigneusement adapté.
Tour de force et débris de tournage
La magie du cinéma exige parfois de sacrifier la mécanique. Sur le plateau, trois voitures destinées aux cascades ont fini hors d’usage sous la pression des scènes d’action. Quant à la dernière, celle filmée à la fin, elle n’a dû sa présence qu’à une pirouette : elle était si endommagée qu’un autre véhicule la poussait discrètement, hors champ, pour donner l’illusion d’un ultime baroud sur la route. Côté Bandit, chaque scène se jouait à quitte ou double, avec la tôle pour seul filet.
La Firebird Trans Am de Smokey and the Bandit est entrée, à sa façon, dans le cercle des icônes automobiles du XXe siècle. Burt Reynolds a multiplié les rôles marquants, mais le Bandit, moustache conquérante et regard rieur au volant de cette Trans Am tapageuse, reste gravé plus fort que les autres.
Des années plus tard, impossible de séparer l’image de Burt Reynolds de celle de cette voiture haute en couleurs, profilée pour l’évasion et les coups d’éclat improvisés via un simple coup de volant.
Certains rêvent toujours de cette Trans Am ou d’une cousine de bitume aux griffes affûtées. Elle a quitté les routes depuis longtemps, mais son ombre demeure, prête à surgir quand un moteur gronde et qu’un sourire s’esquisse derrière une moustache.

